La comète interstellaire 3I/ATLAS observée grâce à la mission Juice

Recherche Article publié le 13 avril 2026 , mis à jour le 13 avril 2026

Grâce à la mission Juice de l’Agence spatiale européenne, des scientifiques ont observé la comète interstellaire 3I/ATLAS et analysé sa composition. L’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS / Université Paris-Saclay) participe à ces travaux, via l’instrument MAJIS.

En novembre 2025, la mission de l’Agence spatiale européenne Juice a observé la comète interstellaire 3I/ATLAS à l’aide de plusieurs de ses instruments scientifiques.

Parmi eux, le spectromètre imageur MAJIS (Moons And Jupiter Imaging Spectrometer), développé sous la responsabilité de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS / Université Paris-Saclay), avec le soutien du CNES et de l’ASI, a permis d’analyser la lumière émise et diffusée par la comète et d’identifier des émissions infrarouges de vapeur d’eau et de dioxyde de carbone. Ces émissions ont été détectées le 2 novembre 2025, soit quatre jours après le passage au périhélie (le point de l’orbite où l’objet céleste est le plus proche du Soleil) du 29 octobre 2025, avec d’autres signaux plus faibles observés les 12 et 19 novembre.

Un dégazage provoqué par la chaleur solaire

Comme pour toute comète, l’augmentation du flux solaire entraîne l’échauffement des couches superficielles, puis la sublimation des glaces lorsque la chaleur pénètre en profondeur. Cette sublimation alimente la formation d’une coma, enveloppe diffuse composée de gaz et de poussières entourant le noyau. Les détections répétées de H₂O et de CO₂ indiquent que des glaces volatiles enfouies sous la surface ont été activement libérées dans l’espace peu après le périhélie, avec un échappement d’environ 2 tonnes par seconde.

Des observations contraintes par les conditions de mesure

Observer un objet aussi lointain, aux émissions très faibles, représente un défi important. Les périodes d’observation sont courtes et les émissions restent difficiles à détecter. Les équipes ont également dû attendre plusieurs mois avant de recevoir l’ensemble des données, à cause de la position de la sonde.

Malgré ces contraintes, les données recueillies permettent de mieux comprendre la composition de cette comète et d’évaluer les performances de MAJIS dans des conditions proches de celles rencontrées autour de Jupiter et de ses lunes.

L’instrument doit analyser des environnements très peu denses, où les émissions restent difficiles à détecter. Les résultats obtenus confirment sa capacité à capter ces phénomènes.

Une comète venue d’un autre système stellaire

Au-delà de cette observation, 3I/ATLAS est un objet venu d’un autre système stellaire, formé il y a des milliards d’années. Son étude permet d’accéder à des matériaux très anciens et d’explorer, indirectement, les conditions de formation dans d’autres régions de l’univers.

Les données de MAJIS permettront d’étudier son activité post-périhélie ainsi que les propriétés physico-chimiques de matériaux formés autour d’une autre étoile il y a des milliards d’années.

Observation MAJIS dans l'infrarouge de l'objet interstellaire 3I/ATLAS superposée à l’image NavCam/Juice. Crédits : © ESA/Juice/MAJIS team (IAS, LPG/Osuna, LIRA, IPGP, INAF, CNES, ASI et autres partenaires internationaux.